Séance dédicace pour Arthur et les elfes d’Avalon de Colette Geslin
Par philmouss, à 14:28 le 28/08/2008. | General | #302 | RSS

Colette Geslin sera présente vendredi 29 août de 15 h à 18 h à la librairie Gweladenn de Saint Nazaire (sous la base sous-marine) pour une séance dédicace de son dernier livre : Arthur et les elfes d’Avalon.
Merlin ! Arthur ! Arthur et Merlin ! Ces deux personnages mythiques sont indissociables et ils restent à jamais dans la mémoire des humains, grâce au talent des romanciers qui se sont appliqués à les faire revivre pour notre plus grand bonheur au long des siècles.
De nombreuses histoires ont été réinventées sur le canevas des premières, après Chrestien de Troyes et Geoffroy de Montmouth qui lui donne son ampleur, et surtout qui nous laisse croire et imaginer qu’Arthur n’est pas réellement mort mais qu’il survit quelque part, dans une île étrange, cette île invisible d’Avalon, lieu de toutes les légendes autour de Merlin, où Morgane et Viviane veilleraient à jamais sur son repos éternel.
J’ai toujours vécu avec cette histoire dans un coin de ma tête, hantée comme tous les bretons par les légendes de cette terre de vent, de landes, de petites montagnes, de forêts mystérieuses et hantées par tous les héros qui y sont nés, qui se sont battus pour leur liberté et leur survie, de lacs et de plages, d’îles qui apparaissent et disparaissent dans les brumes, de villes englouties, de terres submergées.
J’ai toujours voulu écrire mon histoire de Merlin et d’Arthur, et j’ai longtemps reculé, car ces personnages si fabuleux ne sont pas d’un abord facile, chargés qu’ils sont de contes plus ou moins vraisemblables qui les accompagnent.
Après avoir écrit quelques romans sur les grands personnages qui ont fait la Bretagne, je me suis enfin décidée à les faire revivre dans un contexte et un cadre qui m’est personnel, mais que j’ai essayé d’imaginer au plus près de la vérité de leur époque, enfin de celle que l’on imagine, nous, maintenant.
Arthur est un personnage imaginaire créé à partir de plusieurs chefs de guerre, appelés Arthur, qui ont existé entre le Vème et le VIème siècle. Cet Arthur n’était pas à proprement parler un roi, et il n’était sans doute pas non plus chrétien, mais devait plutôt osciller entre cette nouvelle religion qui gagnait partout du terrain et les anciennes croyances celtes qui se sont peu à peu fondues dans les rites chrétiens. Il ne faut surtout pas oublier qu’à l’époque les Bretons croyaient aux divinités multiples, aux elfes, aux êtres surnaturels, et chaque région révérait des dieux différents.
Et cet Arthur, dont le nom provient de Arth qui signifie « ours », était certainement un chef « barbare » qu’on qualifiait de « dux bellorum », chef des batailles, plutôt que du titre de roi. La société de son époque n’était pas patriarcale mais clanique, et ce n’était pas l’individu qui avait l’autorité, mais le groupe, les femmes n’ayant guère d’autre rôle que la transmission de la vie. Le chef était installé avec son clan dans des forteresses et non dans des cités, entourés d’hommes qui lui étaient dévoués et liés par serment. C’est cette solidarité qui leur permettait de vivre dans un environnement brutal et anarchique auquel Arthur, le premier, essaiera de mettre de l’ordre en fédérant les clans autour de lui. C’était un chef de guerre, toujours en mouvement, qui parcourait son « royaume » avec ses cavaliers pour se battre sur tous les fronts contre Saxons, Pictes et Scots qui menaçaient le territoire breton.
Ce sont les successeurs et héritiers des Plantagenêts et de Guillaume le Conquérant qui se sont réclamés de lui dans leur généalogie pour asseoir leur puissance. Henri II Plantagenêt, vers 1180, fait « retrouver » la tombe d’Arthur et de Guenièvre dans le cimetière de Glastonbury dont le nom signifie « l’île de verre ». C’est pourquoi l’on y situe souvent l’île mythique d’Avalon. Puis Edouard 1er, fait transporter les corps dans une chapelle, « retrouve » lui aussi miraculeusement la couronne d’Arthur, et enfin commande une « Table Ronde » pour son palais de Winchester en 1290. Tout cela parce que les histoires que raconte le peuple, hostile à leur pouvoir, colportent toujours qu’Arthur n’est pas mort à Camlann, mais qu’il a été transporté dans l’île d’Avalon en attendant de revenir. Pour asseoir l’autorité royale il faut donc prouver, tout en se réclamant de lui, qu’Arthur est bien mort, d’où la résurgence indispensable de son tombeau et de ses restes.Camelot et ses tours, invention d’un poète français du XIIème siècle, les chevaliers, les tournois, la Table Ronde…sont des légendes romantiques et anachroniques. Arthur et les siens devaient plutôt résider dans des forteresses de bois, des caer édifiés sur des points élevés du territoire, et les châteaux forts et leurs chevaliers ne sont apparus qu’au cours du Moyen-âge.
Merlin, (en gallois Myrdhin, Marzin,(Meur-zin) devait être la représentation des bardes, prophètes, sorciers, druides de l’époque, ceux qui assistaient et conseillaient les chefs et les rois, ceux qui connaissaient les généalogies, la science des plantes, l’histoire des dieux, ceux qui avaient, aux yeux de leurs concitoyens, quelques pouvoirs mystérieux. Il lutte d’ailleurs contre l’implantation du christianisme, beaucoup moins tolérant que les vieilles religions des druides dont il est l’archétype. C’est le personnage le plus extraordinaire de la saga arthurienne.
Quant à Guenièvre, et Lancelot dont le personnage n’apparaît pas dans les textes antérieurs à Chrétien de Troyes, ils n’ont été créés que bien plus tard aussi, pour étayer l’histoire d’Arthur et lui donner une ampleur romanesque et dramatique. C’est Geoffroy de Monmouth qui donne vie au mythe arthurien, et surtout qui fait planer le doute sur la mort d’Arthur, laissant ainsi en haleine des générations qui se transmettront ses exploits. Au XIIème siècle d’autres personnages viennent s’ajouter à celui d’Arthur, qui aurait eu plusieurs épouses et des fils, mais de ces femmes on n’a retenu qu’un seul nom : Guenièvre, (Gwenhwyvar, « blanche image »), qui apparaît pour la première fois dans le récit Kulhwch et Olwenn vers 1100, et dans la Vitae Gildae, vers 1130. Certains textes font aussi allusion à un Medraut/ Mordred, lors d’une bataille qui aurait eu lieu à Camlann, mais ils ne donnent pas de circonstances précises, ni de lieu qui reste toujours mystérieux, et que l’on situe tantôt à Camelford en Cornouailles, tantôt à South Cadbury, un camp fortifié de l’âge du fer.
Tout en gardant certains personnages de ce grand mythe arthurien qui fait encore rêver, et inspire les romanciers et les poètes, j’ai essayé de me rapprocher peu ou prou de ce qui aurait pu exister en ces temps où l’on était en osmose avec la nature, superstitieux, brave mais crédule, lyrique et inspiré, familier de la magie et du surnaturel.
Si l’aura d’Arthur a perduré jusqu’à nos jours, c’est qu’il représente en nous la part de rêve et de bravoure, d’audace et d’ambition, de chevalerie avant l’époque, de désir de constituer une nation unie, soudée pour faire face à des envahisseurs de plus en plus agressifs et gourmands, les Saxons et les Angles, qui finiront par gagner un territoire et repousser les Bretons en Pays de Galles, en Irlande et en Écosse.
Ce rêve de liberté a été repris plus tard par Nominoë lorsqu’il a patiemment préparé et rassemblé les Bretons d’Armorique, descendants des réfugiés de la grande Bretagne d’Outre-manche, pour les dégager de l’emprise des rois francs, puis par ses successeurs, Erispoë son fils, Salomon son neveu, Alain le Grand, et enfin Alain Barbetorte revenu d’exil pour chasser les Vikings de l’Armorique*.
Les Bretons d’Arthur, eux, étaient les héritiers des Celtes et des Romains, ils formaient une communauté hybride dont l’influence, ajoutée à celle des nouveaux chrétiens, a laissé de fortes traces dans les histoires arthuriennes. Le Vème siècle était aussi celui de migrations importantes, Huns, Goths, et mercenaires germaniques venus tout d’abord aider les Bretons à défendre leur île contre les pirates Pictes et Scots. Puis ils se sont peu à peu installés sur ces terres, appelant leurs congénères, pour ne plus quitter le territoire ainsi gagné, débutant des guerres interminables dont les plus grandes victoires sont attribuées à cet Arthur qui représente probablement la synthèse de plusieurs valeureux chefs de guerre de l’époque.
Pour terminer l’histoire en beauté, la ferveur populaire croit toujours que la fin d’Arthur n’en est pas une, puisqu’il fut conduit sur l’île mystérieuse d’Avalon, parfois identifiée au Tor de Glastonbury autrefois entouré de marais, et qu’il y est veillé éternellement par les elfes et les fées, en attendant un hypothétique retour.
Peu importe donc qu’Arthur ait existé d’une façon ou d’une autre, il reste le Pendragon, le champion incontestable de la bravoure, de la droiture, un guerrier indomptable et généreux, qui a sans doute été à l’origine de la Chevalerie du Moyen-âge, car c’est ainsi que se réconfortent les populations dans les heures les plus sombres.
Winston Churchill n’a-t-il pas écrit ? « Si son histoire n’est pas vraie…elle devrait l’être ! ». Alors le travail et la passion des romanciers qui, de génération en génération, écrivent toujours sur ce personnage, sont aussi importants que la légende car, en remplaçant les conteurs des veillées de jadis, ils assurent sa survie à jamais.
Colette Geslin
Librairie Gweladenn
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